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Bal des COCUS au Sarkoland
Vendredi, 30 Novembre 2007
Nicolas Sarkozy pense qu’en pratiquant l’ouverture dans son gouvernement, il réduit les capacités d'opposition de la gauche. Il estime qu’en engageant un bras de fer avec les syndicats sur les régimes spéciaux de retraite, il annihile toutes les formes de résistance sociale à sa politique de réformes. Sur ces points, il a partiellement raison ! Mais ce n'est pas la gauche et les syndicats qui lui infligeront les plus sérieux revers, mais une partie de ses électeurs qu’il cocufie depuis le 6 mai.
Ahurissant. Pour augmenter le pouvoir d’achat des Françaises et des Français, Nicolas Sarkozy n’a rien d’autre à leur proposer que son slogan de campagne : «Travailler plus pour gagner plus !». Et c'est avec cette proposition d’une banalité affligeante qu’il a séduit toute une frange de l’électorat populaire qui, de bonne foi, alors qu’il est confronté aux fins de mois de plus en plus difficiles, lui a fait confiance en mai dernier. Mais le réveil risque d'être brutal ! Démonstration.
Jeudi 29 novembre, France Info diffusait le témoignage éloquent d’un couple habitant en région parisienne : Elle, comptable chez Monoprix, pour 1.500 euros de salaire net – lui, rémunéré 1.600 euros ; tous deux électeurs de Nicolas Sarkozy parce que : «avec 3.000 euros par mois, on ne s’en sort plus. Nous n’arrivons pas à économiser pour partir en vacances. Nous craignons de ne pouvoir financer les études de nos trois enfants. Alors, nous attendons du concret de la part du Président de la République car, en fin de mois, nous sommes de plus en plus souvent dans le rouge». Voilà sous une forme approchante la teneur de leur témoignage. Et qu’est-ce que le Président leur apporte comme réponse : «Travailler plus pour gagner plus !». Et c’est là que les choses se corsent, car la comptable de Monoprix assure : «Je ne veux pas travailler plus. Entre mon travail, les transports et mes obligations quotidiennes, j’ai à peine le temps de suivre la scolarité de mes enfants». En voilà une qui, comme des millions d’autres, n’a pas saisi en substance «l'offre» de Nicolas Sarkozy. Sans doute espérait-elle une revalorisation de son salaire sans augmenter sa durée de travail hebdomadaire. Eh bien, tout faux !
Pouvoir d’achat : Les Français ne doivent compter que sur eux-mêmes
Notre brave comptable est aujourd’hui fixée sur son sort : Elle n’a rien à attendre de Nicolas Sarkozy. Si elle ne veut pas voir son pouvoir d’achat stagner, voire s’effriter, elle doit compter que sur elle-même : Travailler plus, sans garantie qu’elle puisse effectivement le faire. C’est ce qu’on appelle un double cocufiage ! Voilà la grande leçon du barnum télévisé que nous a servi une fois de plus le Président de la République, qui a confirmé que ce sont les Français dans leur ensemble qui doivent se débrouiller par eux-mêmes pour gagner plus. Mais est-ce vraiment de cette oreille qu’ils l’ont entendu lors de la campagne électorale ? Rien n’est moins sûr. En tous les cas, ils n’avaient certainement pas compris que ce marché de dupes s’accompagnerait d’allégements fiscaux pour les plus riches, le fameux «paquet fiscal» qui a amputé le budget de l’État, donc sa marge de manœuvre financière, de 15 milliards d’euros. Ces braves Français qui ont voté Sarkozy – et qui le soutiennent toujours – n’ont toujours pas compris qu’en s’attaquant aux régimes spéciaux de retraite et en tentant de laminer la résistance syndicale, le Gouvernement les prépare à une augmentation générale de la durée d’activité professionnelle. Ils l’apprendront à leurs dépens…
Pendant que les Français rament, les riches bronzent
Ces braves Français n’ont pas encore constaté que, pendant ce temps, une petite frange de la population s’en met plein les poches et qu’aujourd’hui, à Paris, les agences immobilières spécialisées dans la vente d'appartements et de maisons de luxe, voient affluer dans leurs officines des clients français, alors que ces dernières années leur clientèle était pour l'essentiel composée d’étrangers. Ces braves Français, électeurs de Nicolas Sarkozy, n’ont pas encore compris que le principe ultralibéral qui consiste à rendre les riches encore plus riches, sous le prétexte fallacieux qu'ils tireraient la croissance, est une aberration économique. Parce que, quand vous donnez encore plus de moyens à ceux qui en ont déjà beaucoup, ils ne participent en rien à la création de richesses sur le territoire national. Quand on a plus d’argent, on achète une grosse berline allemande pour remplacer sa 607 Peugeot, tout simplement. On part aux Seychelles, aux Maldives ou dans les Émirats arabes unis, plutôt qu’en Corse ou en Guadeloupe. On investit sur les places boursières qui dégagent le maximum de profits, à HongKong, à Shanghai, à New York…, plutôt que dans les valeurs du CAC 40. On achète des riads à Marrakech plutôt que des maisons dans le Lubéron. Et ainsi contribue-t-on, en milliards d’euros, au déficit abyssal de notre balance commerciale, au déficit de notre balance des paiements, et aussi à l’évasion fiscale. Voilà la réalité.
De plus en plus de riches français en Suisse
Pour relancer la croissance, il faut donner du pouvoir d’achat à celles et ceux qui en ont le plus besoin, à celles et ceux qui «consommeront français», feront construire leur résidence principale en France, passeront leurs congés en Bretagne, dans les Alpes ou en Vendée. Et pour celles et ceux qui douteraient encore du bien-fondé de notre petite démonstration, nous leur soumettons quelques extraits d’un article du Canard Enchaîné (du 28 novembre) : «Cocorico ! Sur les 300 plus riches résidents suisses, 29 sont français, soit 4 de plus que l’an dernier, nous apprend l’hebdomadaire helvète Bilan (23/11), et 13 d’entre eux sont carrément milliardaires ! "Sportifs, artistes, hommes d’affaires ou retraités fortunés, les riches français sont toujours plus nombreux en Suisse", constatent nos confrères». Voilà la réalité : Pour relancer la machine économique, pour relancer le pouvoir d’achat des Français, pour créer des emplois, pour investir dans les entreprises françaises, Nicolas Sarkozy accorde ses largesses aux privilégiés qui dépensent et investissent ailleurs, hors de l’Hexagone.
Rien d’étonnant ! Nous avons élu à 53% le maire de Neuilly
Frédéric Bonnaud, chroniqueur sur Europe1, a vu juste quand il affirmait le 20 novembre dernier : «Nicolas Sarkozy fait bien son travail !» ; et de poursuivre son pamphlet : «On oublie toujours ça. Nous avons élu à 53% le maire de Neuilly, la commune la plus riche de France. Et ce maire de Neuilly, ses meilleurs copains, ce sont les patrons du CAC 40. Et il y a des gens qui sont étonnés qu’il fasse sa politique pour ses administrés de Neuilly et pour ses copains du CAC 40. Mais il faut vraiment être stupide pour s'étonner de ça. Les gens sont incroyables !». Et plus loin : «Le Président appartient à une oligarchie financière, et il s’occupe de cette oligarchie financière». Avant de conclure : «Vous savez, faire des cadeaux fiscaux aux riches, c’est très simple. Augmenter le pouvoir d’achat des pauvres, c’est beaucoup plus difficile. On est en train de s’en apercevoir».
Et ces millions de Français moyens qui ont voté pour Nicolas Sarkozy, ces centaines de milliers de chômeurs aussi, ne tarderont pas en effet à s’apercevoir que depuis le 6 mai, ils sont COCUS !
Steve Borrow pour Rénovation-démocratique.
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